CHATEAUROUX CITOYEN

Ce samedi 30 novembre, le collectif « Châteauroux citoyen », dont l’objectif est de construire un programme et une liste pour les élections municipales avec les citoyens de la ville de Châteauroux, organisaient une action de désobéissance civile dans le quartier Vaugirard. Plusieurs membres de ce collectif ont en effet planté trois « arbres de la Liberté », suivant la tradition empruntée aux épisodes révolutionnaires et républicains de notre pays, de la Grande Révolution de 1789 à la Commune de 1871 en passant par le printemps des peuples de 1848.

Pour être tout à fait exact, il faudrait plutôt dire que « Châteauroux citoyen » a planté des arbres de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité. Ils avaient en effet choisi trois essences différentes pour symboliser les trois mots qui forment notre devise nationale : un chêne pour la Liberté, un olivier pour l’Égalité et un cerisier pour la fraternité. Leur souhait par cette action : montrer que les valeurs républicaines sont le meilleur ciment de l’unité populaire à l’heure où les libéraux et l’extrême droite tentent de semer la division avec la compétition de chacun contre tous et l’obsession permanente de la couleur de peau et de la religion.

Mais les membres du collectif « Châteauroux citoyen » voulaient aussi, par cette action, alerter sur l’urgence écologique. En effet, les experts du GIEC disent qu’ils nous reste seulement douze ans pour tout changer dans nos manières de produire et consommer si nous voulons laisser à notre écosystème les moyens de sa survie. Pourtant, les dirigeants ne font rien. Il faut donc maintenant préparer notre adaptation au changement climatique. Planter des arbres en fait partie : par l’ombre et la fraicheur qu’ils apportent, par la captation de CO2 qu’ils permettent, ils sont les alliés indispensables des humains dans les villes. C’est aussi ce que voulait dire « Châteauroux citoyen avec cette action ».

Le collectif accompagnait cette action d’une « adresse aux Castelroussins » que vous pouvez retrouver ci-dessous :

Adresse aux Castelroussins

Chers citoyennes, chers citoyens,

Nous nous sommes réunis pour mener une action politique d’un genre nouveau : planter des arbres. On peut se demander la raison pour laquelle des citoyens engagés dans les affaires de leur commune décident de mener une action de ce genre, un jour frais de novembre.

Commençons par le plus simple : si cette action se tient en novembre, quel que soit le temps, c’est parce que c’est la saison pour planter des arbres. Le dicton populaire sur le sujet est clair : « À la sainte Catherine, tout bois prend racine ». La sainte Catherine étant le 25 novembre, nous sommes donc dans les temps. Pour ce qui est de la fraîcheur, cela ne dépend malheureusement pas de nous.

Venons en maintenant au sens de cette action. Pourquoi planter des arbres ? Parce que nous devons faire face à une double urgence : écologique et républicaine. Et que par cette action nous essayons d’y répondre à notre échelle.

L’urgence écologique

Urgence écologique d’abord. Le monde que nous connaissons se meurt. Si rien n’est fait pour enrayer la machine, nous courrons à la catastrophe climatique. Nous le savons, nos dirigeants politiques le savent, mais personne ne fait rien. Les engagements de la COP 21 prévoyaient officiellement de limiter le réchauffement climatique à 2°C. C’est trop… et le pire est que les engagements finalement pris par les États ne permettent même pas de respecter ces accords ! En les additionnant, on s’apercevait qu’en réalité les engagements pris provoqueront un réchauffement de 3,5°C. C’est ce qu’on appelle de la com’. Ou plus prosaïquement du foutage de gueule.

Mais nous n’avons plus le temps de jouer à ces jeux-là. Les experts du GIEC nous disent qu’il nous reste 12 ans pour tout changer si l’humanité veut se laisser une chance de survivre dans des conditions qui ne soient pas inhumaines. Si nous ne faisons rien, les catastrophes climatiques que nous connaissons déjà seront de plus en plus violentes et de plus en plus fréquentes : inondations, tempêtes, sècheresse. Voilà où nous en sommes. Et l’Indre est bien placée pour savoir ce que cela veut dire : nous avons connu cette année l’une des pires sécheresses de notre Histoire. Désormais, il s’agit de s’adapter à un changement climatique dont nous savons déjà qu’il est irréversible.

Cette situation d’urgence extrême nous oblige toutes et tous. Notre pays devrait être mobilisé au même niveau que lorsqu’il fait face à une guerre. Nous devrions mobiliser la population, l’industrie et l’économie toute entières au service de cette impérieuse lutte contre la montre. Mais que font nos dirigeants ? Au niveau national, Macron entourloupe le monde avec des discours creux mais ses actions favorisent le capitalisme transnational financiarisé qui est la cause première du changement climatique. Au niveau local, Gil Avérous coupe les arbres qui gênent ses plans de constructions quand il faudrait en planter, en planter et en planter encore pour faire face au risque que notre ville devienne invivable au cours du XXIe siècle.

Fidèles aux valeurs défendues par Châteauroux citoyen, nous avons donc décidé d’agir sans attendre les élections et de planter les trois arbres qui sont là-bas. Un chêne, un olivier et un cerisier pour symboliser la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Bien sûr, on peut nous regarder de haut et nous dire : « que vont changer la plantation de trois arbres dans un parc ? ». Et à cette question simple nous répondons simplement : « c’est toujours mieux que de n’avoir rien fait ».

Car un arbre peut faire beaucoup pour nous et dans beaucoup de domaines. Puits de carbone, il capte le CO2 qu’émettent nos véhicules et nos activités économiques ; il purifie l’air que nous respirons et améliore notre santé. En période de canicule, il nous apporte son ombre et sa fraîcheur par le phénomène connu sous le nom d’évapotranspiration (c’est à dire la transpiration des arbres, qui humidifie l’air et nous donne cette sensation si agréable à leur proximité en été). Il peut aussi provoquer une baisse de la consommation d’énergie et de la chaleur car la fraîcheur qu’il apporte permet de diminuer l’usage de la climatisation qui consomme de l’électricité et rejette de la chaleur à l’extérieur des bâtiments. Enfin, un arbre a aussi des effets positifs sur un paysage, sur un quartier, et – chose étonnante – sur l’activité physique. Des études ont en effet montré que les gens sortent plus pour se promener ou pour courir à proximité des arbres que dans des lieux desquels ils sont absents.

Bref : planter un arbre, c’est agir contre le changement climatique et pour le bien commun. Alors en planter trois… c’est agir trois fois plus ! Notre commune a de l’espace pour en planter davantage. Mieux : nous pourrions nous donner un objectif collectif qui nous grandirait tous : si on plantait 1 000 arbres à Châteauroux, nous deviendrions la ville la plus boisée de France, c’est à dire celle qui compte le plus d’arbres comparativement à sa population. 1 000 arbres, voilà qui ne semble pas irréalisable. Dans une mandature de 6 ans, cela représenterait 167 arbres par an. Un peu moins d’un tous les deux jours. Un peu plus de trois toutes les semaines. Aujourd’hui, nous avons donc réalisé en une journée l’objectif que pourrait se fixer une mairie écologiste ambitieuse en une semaine.

Alors imaginez si nous étions aux manettes ! Nous demanderions aux Castelroussines et aux Castelroussins de nous signaler tous les espaces goudronnés, bétonnés ou tout simplement abandonnés où ils estiment qu’on pourrait planter des arbres. Nous mènerions les études techniques nécessaires pour vérifier que ces lieux peuvent être utilisés à cet effet. Puis nous débétonnerions, nous dégoudronnerions et nous planterions en demandant d’abord leur appui aux citoyens de notre ville. Car on s’attache aux arbres qu’on a planté. On leur donne une fonction symbolique. On leur donne du sens. On y attache parfois des croyances et des valeurs. Et c’est aussi ce que nous avons fait aujourd’hui en plantant des arbres de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité pour répondre à une deuxième urgence : l’urgence républicaine.

L’urgence républicaine

Car là aussi, il y a urgence. Nous avons une chance immense, en France : c’est que ce qui fonde l’unité de la nation est un contrat politique progressiste et humaniste. Qu’est-ce qu’être Français ? Ce n’est pas une couleur de peau, il y en a de nombreuses dans notre pays. Ce n’est pas une religion, il y en a plusieurs. Ce n’est pas même la langue car nous l’avons en partage avec bien d’autres pays et bien d’autres nations. Non. Être Français, c’est être républicain et faire sien le contrat politique qui nous lie tous ensemble et qui se résume dans les trois mots qui forment notre si belle devise : Liberté, Égalité, Fraternité. Être Français, c’est poursuivre l’idéal de la glorieuse Révolution de 1789 qui, en abattant les trônes des rois, a fait naître ce que nous nommons « la France » et son drapeau tricolore que nous honorons aujourd’hui.

Alors pourquoi y a-t-il urgence à défendre ce contrat national qui nous lie autour de valeurs progressistes et humanistes ? Parce que les valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité sont – comme le climat – menacées par le capitalisme transnational financiarisé qui prend la forme du macronisme dans notre pays.

Oui, la Liberté est en péril lorsque des manifestations sont interdites comme cela a été le cas le 16 novembre, date anniversaire du mouvement des Gilets jaunes. Elle est menacée lorsque manifester signifie risquer de perdre une main, un œil, et même la vie. Elle est en danger lorsque s’engager politiquement ou syndicalement c’est risquer de subir des sanctions injustes comme la perte de son emploi ou l’emprisonnement, comme on a pu le voir avec les centaines de peines de prison ferme prises contre les Gilets jaunes.

Oui, l’Égalité est en péril lorsque le président des riches multiplie les cadeaux aux plus fortunés avec la flat tax ou la suppression de l’ISF mais s’en prend financièrement aux plus pauvres et à classe moyenne avec la baisse des APL, la suppression des emplois aidés et la diminution des services publics qui sont notre bien commun. À cause du macronnisme, il y a 400 000 personnes qui ont basculé sous le seuil de pauvreté l’année dernière. Mais les riches sont toujours plus riches ! Voilà le bilan du président en matière d’égalité.

Oui, la Fraternité est en péril lorsque le monde dans lequel nous vivons nous invite à considérer nos semblables comme des adversaires ou des ennemis. Elle est en danger quand on nous propose un monde de compétition et de chacun pour soi quand il faudrait au contraire agir tous ensemble. Elle est menacée quand on nous invite sans arrêt dans les médias à regarder de travers ceux qui ont une certaine religion ou une certaine couleur de peau pour nous diviser.

Il est temps de dire : ça suffit ! C’est ce que nous avons voulu faire aujourd’hui en plantant ces trois arbres et en faisant nôtre une tradition républicaine qui nous vient de la Révolution de 1789. À l’époque, on plantait des arbres de la Liberté pour fêter la chute des tyrans. Cette tradition s’est poursuivie à chacun des épisodes révolutionnaires et républicains qu’a connu notre peuple tumultueux. En 1792, alors que la République est proclamée, on plante des dizaines de milliers d’arbres. En 1848 avec la IIe République, on en plante de nouveaux. Et voici Victor Hugo qui traverse le temps pour nous dire, ce 2 mars 1848 : « C’est un beau et vrai symbole pour la liberté qu’un arbre ! La liberté a ses racines dans le cœur du peuple, comme l’arbre dans le cœur de la terre ; comme l’arbre elle élève et déploie ses rameaux dans le ciel ; comme l’arbre, elle grandit sans cesse et couvre les générations de son ombre ». Puis viens 1870 et la IIIe République, 1871 et la glorieuse Commune de Paris qui éclaire le monde de l’intense lumière républicaine de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité… et plante elle aussi des arbres pour le dire.

C’est dans cette longue tradition révolutionnaire et républicaine que nous avons voulu nous inscrire aujourd’hui. Et c’est pourquoi nous avons choisi de planter trois arbres, de trois essences différentes, pour qu’ils symbolisent chacun les trois mots de notre devise : le Chêne pour la Liberté ; l’Olivier pour l’Égalité ; le Cerisier pour la Fraternité.

De ce dernier arbre, je veux dire quelques mots. Car il est sans doute le plus fragile. Pour ce qu’il est, pour ce qu’il symbolise, et pour l’édifice qu’il fait tenir debout et qui s’appelle le peuple français. Nous avons dit ce qui menace la Fraternité. Ne sous-estimons pas le danger que représentent ceux qui veulent désunir notre peuple, nous diviser pour mieux régner. Car nous monter les uns contre les autres, supprimer en nous l’instinct premier de fraternité qui nous pousse à vouloir aider celui qui a soif, celui qui a faim ou celui qui a mal, c’est précisément ce que veulent les puissants du monde. Renoncez à la Fraternité et vous franchissez le premier pas pour renoncer à l’Égalité. Renoncez à l’Égalité et vous rendez impossible les conditions d’une Liberté réelle. Tout se tient d’un bout à l’autre de notre belle devise.

Il faut donc veiller sur ce chêne, sur cet olivier, mais aussi et peut-être avant tout sur ce petit cerisier que nous avons planté aujourd’hui. Dans quelques mois, il arborera sur ses branches de frêles petites fleurs blanches. Avec elles, nous fêterons l’arrivée du printemps. Et dans tout notre pays, il sera l’heure de voter pour les élections municipales. À Châteauroux aussi, bien sûr. Puisse ce printemps nouveau être celui du peuple, et ouvrir, dès l’été, le temps des cerises.

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